VISAGE ACTUEL DE L’EXODE RURAL EN RDC

 

CHANT D’UN PAYSAN DU KIVU ECHOUE DANS UN BIDONVILLE KINOIS

 

 C’est le 21 mars dans l’hémisphère nord de notre planète Terre, fin du froid et redouté hiver (qui a été plutôt doux cette année) et début du printemps que nous espérons vert et sémillant. Dans la violente République dite démocratique du Congo, Alimasi*, le paysan chassé par la guerre de son Kivu et qui échoue dans un bidonville de la capitale Kinshasa, prend sa guitare sèche après avoir éclairci sa voix, et en souvenir de sa défunte épouse Zahabu** et de leurs défunts enfants, entonne sa naïve et « misérabiliste » chanson, dont les paroles sont traduites ci-dessous en langue française :

*  Alimasi = diamant en swahili, est un prénom donné seulement aux hommes

** Zahabu = or en swahili, est un prénom donné seulement aux femmes

 

 

 

(Refrain 1)

J’ai quitté mes champs, l’air pur et les chants des oiseaux

Pour la ville, la saleté et l’immense misère

Je n’y vins pas pour les clinquantes chimères

J’ai été victime de la guerre et du chaos !

 

 (Strophe 1)

J’étais devenu simple animal, être errant

Perdu dans les forêts, fuyant de camp en camp

J’avais tout perdu : ma femme et mes enfants

Mes cousins et mes voisins sont morts sans tombeaux

Leurs corps furent livrés aux chacals et aux corbeaux

J’avais l’esprit fiévreux et le cœur en lambeaux

J’étais triste, angoissé et désespéré,

Sans repères et rongé de culpabilité

Occupé à survivre, dénué de tout,

Prêt à toutes les compromissions, et surtout

Fou de douleur et accueillant les desseins noirs

Qui naissent sur le fumier du désespoir !

 

 (Refrain 2)

’ai quitté mes champs, l’air pur, les chants des oiseaux

Pour la ville, sa misère inhumaine, sa saleté

Je ne vins pas pour les néons et la télé

J’ai été victime de la guerre et du chaos !

 

 (Strophe 2)

J’ai fui, j’ai échoué dans ces quartiers miteux

Où se consument des millions de miséreux

Affamés, abandonnés par les autorités

Harcelés par la police, sans sécurité,

Sans toilettes, sans eau, sans électricité

C’est de menus expédients que nous vivotons

Des pasteurs escrocs nous vendent des illusions

Des chansons obscènes endorment nos esprits

Nos corps endoloris s’offrent à divers produits

En nous la dignité humaine est abolie

Peu à peu l’animalité nous envahit

Le sens de la révolte est anéanti !

 

 (Refrain 3)   

Ah me manquent les chants des oiseaux et l’air pur

Et de mon village les us simples et sûrs

D’où m’ont arrachés la guerre et son chaos

Pour me faire porter de la ville le fardeau !

 

 (Strophe 3)

Mais tandis que de mon corps s’en va la vie

Que mon destin par la mort est investi

Que mon esprit par le désespoir est conquis

Que mon âme même paraît disparaître

Soudain colère et révolte montent aussi

De ce tréfonds ignoré de mon être       

Dans mon désert une oasis à apparaître

Une aube imprévue s’apprête à naître

Pour dissoudre ma longue et profonde nuit

Ma possibilité d’enfin transmettre

Une lueur à mon pays lors de mon agonie !

 

(Refrain 4)

Rendez-moi donc mon air pur et mes choix d’oiseaux

Ô seigneurs de la guerre et maîtres du chaos

Puisque l’hiver par la nature est pour cet an clos

Et que le printemps aujourd’hui naît, vif et beau !

 

 

(Strophe 4 et finale)

Oui le printemps naît, naïf mais triomphant

Vous inondant de joie, de parfums et de chants

Vous qui vivez dans l’abondance et dans la paix

Et jouissez de la justice et de la liberté !

Et moi qui vis dans l’oppression, je rends hommage

Aux miens morts dans vos guerres et leurs carnages !

Je crie pour toi, Congo ; je pleure pour tes enfants,

Pour mes frères et sœurs qui souffrent tant !

Je crie pour toi, Congo, tu aurais pu donner

À tes enfants plus d’aliments et de liberté !

 Pour la traduction depuis le swahili :

 

Nzogu bin Kyantede P R

P.S. :

 

Certes, la vie urbaine offre des opportunités et est porteuse d’une offre de modernité. Mais pour que les individus et les familles qui naissent en ville ou viennent y vivre, tirent profit de ces opportunités et s’épanouissent suite à l’offre de modernité, ils doivent jouir d’un minimum de confort matériel et de sécurité (physique et juridique, dont la liberté). Il faut aussi que cet espace urbain ait un minimum d’organisation (voirie, espaces verts pour la respiration psychique des citadins, infrastructures scolaires et de transport, etc.). Actuellement à Kinshasa, ce minimum de conditions cadre : la majorité des kinois sont donc animalisés suite au caractère oppressif, prédateur et désorganisé du régime politique qui gère notre pays et notre capitale (comme les autres villes de l’arrière-pays, toutes pourrissant dans la saleté et le désordre) !

 

 

 

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