JEUDI SAINT et MYSTERE de l’AMOUR DE JESUS

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Le mystère que nous célébrons en trois jours, résume toute la mission de l’Incarnation et le porte à son accomplissement. Il tient en quelques mots : Jésus est celui qui nous a aimés. On ne peut rien dire d’autre de lui que cela : il a aimé. Aimé parfaitement, aimé jusqu’au bout. Saint Jean l’annonçait dès les premiers versets que nous avons entendus : « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout ». Tout est dit. Tout va être accompli. Jésus entre souverainement dans sa Passion et va être consacré Grand Prêtre.

Fidèle à son habitude, saint Jean nous place dès l’introduction dans une perspective très ample : « avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout ».

L’évangéliste nous livre dans ce verset le sens et le but de l’Incarnation et du mystère pascal : sorti de Dieu qui l’a envoyé, Jésus, par la Croix, retourne vers lui avec le monde, pour le monde. Jésus a choisi de vivre ces heures par amour pour nous, pour nous faire vivre en Dieu. Voilà simplement ce que raconte le lavement des pieds.

La scène est très solennelle. Jésus quitte d’abord la table qu’il présidait. Nous voyons le Verbe de Dieu qui ne retient pas sa dignité et accepte volontairement l’abaissement. Jésus dépose ensuite son vêtement. Il nous l’a enseigné : le Bon Berger dépose sa vie, il s’en dessaisit. Puis Jésus lave les pieds de ses disciples. Nous y voyons ou le geste humiliant de l’esclave ou le geste déférent du disciple envers son maître ; nous voyons en tous cas que Jésus a choisi la dernière place. C’est en plongeant en cet abîme d’humilité que Jésus mène à son terme la mission du salut que le Père lui a confiée. En cette heure où il entre souverainement dans sa Passion, en cette heure où le Père a tout remis entre ses mains, notre Seigneur manifeste une autorité qui se traduit dans l’humilité du Serviteur.

Ce que nous contemplons ce soir est le mystère de Jésus Serviteur du Père.

L’attitude de saint Pierre nous introduit dans cette contemplation. Elle est d’abord superficielle : « Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! ». Pierre refuse le chemin d’humilité où Jésus s’engage et où il l’appellera. Mais Pierre ne refuse pas l’enseignement de Jésus en bloc. Son « Toi, Seigneur » montre qu’il refuse que ce soit Jésus, le Seigneur, qui prenne cette place. S’il est aussi vif, c’est parce qu’il est personnellement impliqué, parce qu’il est personnellement ébranlé. L’image qu’il avait de Jésus comme Seigneur ne lui permet pas de supporter ce spectacle.

Ce constat vaut pour nous. Découvrir que le Christ n’est pas vraiment tel que nous l’imaginons ou tel que nous voudrions qu’il soit, ébranle les fondements de notre relation avec lui, et, par conséquence, met en cause l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes. C’est aussi en cela que la Passion est une épreuve décapante. Nous y découvrons notre Dieu sous un visage déconcertant, et souvent, avant de susciter la compassion, cela remet en cause ce que nous croyons être ou ce que pensions devoir devenir.

Jésus rassure Pierre. Il lui révèle alors que ce chemin d’humilité est la condition d’accès à la vie éternelle. Avoir part avec Jésus, c’est partager sa vie au ciel avec le Père.

Pierre réagit de nouveau très vivement. Devant la perspective d’une union parfaite et totale à Dieu, son enthousiasme se réveille, et il passe du tout ou rien. « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! ». Nous entendons ici que cet enthousiasme n’est pas le signe d’une conversion. Pierre n’a pas quitté ses vieux schémas puisqu’il banalise le lavement des pieds. Il le met au même plan qu’une pratique hygiénique ou qu’un bain. Jésus est obligé de le reprendre : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver : on est pur tout entier. ». La logique de Pierre n’est pas celle de l’évangile. Jésus lave uniquement les pieds parce nous avons à recevoir petit à petit le don de Dieu. Il nous est livré tout entier, mais notre condition ne nous permet pas d’y accéder intégralement et instantanément. Jésus disait : « plus tard, tu comprendras ». Cela fait partie de notre chemin d’humilité, cela explique qu’il nous faut trois jours entiers pour méditer chaque année le mystère de Pâque et que sans cesse nous avons à recevoir de Dieu.

« Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. » Nous achevons le grand mouvement de l’Incarnation et de la Rédemption que raconte le lavement des pieds. Jésus, après avoir accompli le service de son Père, reprend la vie dont il s’était dessaisi, et retrouve le trône de gloire que le Père lui réserve.

« Comprenez-vous ce que je viens de faire ? », demande-t-il. Sans doute, nous le comprenons à présent. Suivre Jésus est marcher sur le chemin d’humilité qu’il a lui-même emprunté pour un jour partager avec lui sa gloire.

Mais Jésus nous pousse plus loin. « Vous m’appelez ‘Maître’ et ‘Seigneur’, et vous avez raison, car vraiment je le suis ». Il insiste par trois fois pour dire qu’il est le Seigneur. Autrement dit, le geste du lavement des pieds est fait par Jésus qui est et n’a jamais cessé d’être ‘Seigneur’. Le lavement des pieds est un service qui ne peut être accompli que par le Seigneur.

Quand il poursuit « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » il ne fait donc pas un raisonnement à fortiori. Jésus ne veut pas seulement dire : « puisque le seigneur s’est montré humble, vous qui n’êtes que des disciples, ne vous prenez pas pour plus que vous êtes, et restez humbles ». Car le lavement des pieds n’est pas pratiqué par les disciples mais par le maître.

Ce soir est donc particulièrement émouvant. Jésus va nous quitter, et avant de partir, il nous demande de prendre sa suite. Il nous dit : vous qui êtes mes disciples, maintenant conduisez-vous en maîtres ; vous qui m’avez suivi et écouté, maintenant montrez le chemin. C’est ce que rapporte saint Jean : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ».

Le mystère que nous célébrons est donc celui d’une royauté tellement humble qu’elle nous associe à son œuvre de salut. En s’abaissant à nos pieds, Jésus nous transmet quelque chose de sa seigneurie, et la déposition du vêtement montre que ce geste du lavement des pieds tire son efficacité du don de la vie.

Que le prêtre, dans quelques instants, dépose à son tour son vêtement liturgique pour s’abaisser aux pieds de certains d’entre nous, montre que notre présence ici ce soir nous engage personnellement dans ce mouvement spirituel. C’est cela célébrer l’eucharistie. Non seulement accueillir le don ineffable qui nous est fait, mais choisir de nous offrir nous-mêmes en Christ pour qu’il nous ramène enfin, dans la communion et la joie, dans la maison du Père.

Frère Dominique

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